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Un voyage peut en cacher un autre…

Hier, vers 16h05 nous roulions sur le parvis de la cité PN à l’aéroport Roissy CDG. L’aboutissement d’un rêve, la fin d’un voyage d’une intensité telle que je n’en avais jamais connu. Déjà, le matin, en partant de Crepy en Valois, on apercevait le flot continu des avions décollant vers l’Est avant d’effectuer leur premier virage en direction de leur destination lointaine. Roissy, telle une usine de l’ailleurs, crachait ses millions de passagers dans le ciel. La vision de ces gros suppositoires en trajectoire ascendante me fit penser au film  » Bienvenue à Gattaca ». C’est encore bien trop tôt pour voir ce qu’il restera de ce voyage. Un long temps de digestion sera forcément nécessaire.Voici donc simplement quelques petites pensées « à chaud »:

_Marianne et les enfants: Mon admiration et mon amour pour eux. Certes, les enfants n’auront peut-être pas passé les meilleures vacances de leur vie.  Je suis conscient qu’en m’accompagnant ils ont du se demander bien souvent ce qu’ils faisaient là. Encore une fois nous verrons ce qu’il en reste.

_Grande fatigue: le voyage en famille est plus fatiguant que tout seul. Tirer la troisième roue avec Lou dessus qui regarde le paysage, trouver un camp, le monter, faire les courses, la cuisine, ne pas oublier de jouer, tout faire pour faciliter la vie du groupe et reconquérir l’amour, respecter le « timing »; tout cela fut épuisant.

_Voyage: le sentiment d’avoir effectué un grand voyage à travers l’espace mais aussi un voyage dans le temps, dans l’histoire barbare du XXè siècle marqué par deux guerres mondiales et l’imprégnation de l’idéologie communiste, un voyage dans les sentiments, la culpabilité, la solitude, l’aspiration, la liberté.

_Remerciements: sans le blog, ses nombreux visiteurs, vos commentaires, le voyage n’aurait certainement pas été le même. Merci des milliers de fois de m’avoir, de nous avoir soutenu.

Maintenant nous avons 2 semaines pour nous reposer avant de repartir au bout du monde. J’ai 10 mois devant moi avant de reprendre le travail. Ainsi, nous nous envolerons le 17 septembre pour la Polynésie. 4 mois sur les îles, australes puis les Marquises. En janvier nous irons en Asie du sud-est, surtout le Laos, toujours à vélo. Puis en mai, probablement la Mongolie et le transsibérien pour rentrer. Dorénavant, nous n’aurons aucune contrainte de temps, aucune obligation, le seul bonheur d’être ensemble, d’apprendre quelques petites choses scolaires aux enfants et d’écouter le ressac sous les cocotiers ou de voir pousser le riz. Vous pourrez nous suivre sur ce blog à travers des articles où chacun d’entre nous dira son ressenti. Venez donc nous voir à cette même adresse pour continuer à rêver de rencontres, de découvertes et de liberté.

Atterrissage imminent

Bonjour tout le monde,
l’aterrissage est imminent. La fin d’une aventure c’est Toujours émouvant. En famille depuis le 8 aout, l’arrivée du vol AF105 Canton-Paris à bicyclette est prévue le jeudi 2 septembre à 16h sur le parvis de la cité PN (cité des naviguants) Air France à l’aéroport Roissy CDG.
Réglez vos montres!!
Vous qui m’avez tant soutenu en venant rêver un peu sur ce blog, venez fêter l’arrivée avec nous.
-Pour vous y rendre en RER B: arrêt à Roissy CDG aéroport Terminal 1 puis prendre CDG Val direction Terminal 2 et arrêt au Parc Px. Sortie et marcher 200m dans la direction opposée au parc Px. Vous y êtes.
-Pour venir en voiture, se garer au parc  Px puis a pied 200m comme indiqué plus haut.
Amicalement,
Francois et toute la famille Suchel

Une semaine en Allemagne

Nous n’aurons vu de l’Allemagne que les deux extrémités Est et Ouest. En venant de République Tchèque sur une piste cyclable, on en devine même pas la frontière. Comme au temps des accords de Munich où les Sudètes furent annexées par Hitler. D’ailleurs, à Bayreuth, nous rencontrons  Traudl, témoin de cette sombre période puisqu’elle est née dans ces montagnes en 1938. Allemande, elle fut expulsée en 1945 et dut abandonner tous ses biens à jamais. Le début d’une errance d’une année dans une Allemagne dévastée avant de s’établir près de Bayreuth. Elle nous accueille chaleureusement tous les six dans sa maison pour quelques jours réconfortants. Je l’interroge sur la guerre qui a tant marqué les territoires que j’ai traversés. Son souvenir est celui d’une jeune fille enthousiasmée par les cérémonies accompagnant chaque naissance. Hitler avait besoin de bras et d’âmes pour assurer son projet expansionniste; ainsi toutes les naissances étaient des évènements fêtés avec faste par le régime et les dignitaires locaux. Traudl nous parle aussi de la réunification.

Son témoignage me rappelle une fois de plus que cette traversée du continent eurasiatique et aussi un voyage dans le temps, dans l’histoire barbare du XXème siècle. Et une pensée me traverse l’esprit: après avoir parcouru les vastes steppes et l’immense taïga jalonnés par les monuments aux morts, les mémoriaux et les stèles à la gloire des héros, nous voici au coeur de ce petit pays d’Europe de l’Ouest, à l’origine de tant de miracles et de tant de haines. La surface des hommes semble si légère qu’il est sans doute indispensable d’en rappeler constamment le potentiel mortifère en érigeant des masses de béton.

Traudl nous invite au restaurant. Un gros moment de blues pour Noé qui affiche une opposition frontale à l’idée du voyage de 10 mois que nous envisageons à l’issue de celui-ci. Le vélo est si difficile pour lui, diabétique depuis l’âge de 2 ans! j’ai l’impression de devoir reconquérir une terre brûlée. Il me faut à nouveau la fertiliser pour lui permettre de refleurir. Les cendres de mon volcan intérieur ont recouvert notre jardin familial, ont étouffé les pousses sauvages. les enfants réclament un cocon où se recroqueviller pour mieux se régénérer. Quoi de plus normal après 21 semaines sans leur père. Difficile ce soir-là d’évacuer les doutes et de convaincre Noé de tous les bénéfices d’un tel voyage. Nous parlons beaucoup avec Marianne. Le temps des bourgeons reviendra…

Déjà, le moral remonte lorsqu’après la pluie de la Suisse franconienne, nous retrouvons le soleil dans la vallée de la Moselle. Superbes méandres parsemés de vignes. Journées radieuses, baignades et vin blanc (pour les grands!) Un vrai plaisir de cycliste. L’Allemagne est propre comme un lavabo. On pourrait lécher les trottoirs des nombreux petits villages où ne manque jamais le concessionnaire automobile. Des pistes cyclables magnifiques comme ce petit ruban de bitume serpentant en sous-bois le long d’un ruisseau et qui nous offre l’occasion, près de Bitburg, d’une descente mémorable. Lou chante sur sa troisième roue mais ne pédale pas beaucoup. Dans les montagnes russes qui suivent, je sollicite des muscles inconnus jusqu’alors pour tirer cette nouvelle charge de 60 kilos. Marianne est impressionnante sur le tandem. Une résistance incroyable malgré la fatigue et le stress accumulés en mon absence. Sans son endurance exceptionnelle nous ne pourrions avancer. Quant à Juliette, Noé et Samuel, mon neveu, ils font preuve d’une sacrée détermination pour rejoindre la frontière luxembourgeoise, où nous nous reposons aujourd’hui.

L’Allemagne reste à découvrir. Trop vite traversée, encore survolée, c’est un pays si bien rangé et organisé que les distributeurs d’argent vous crache la somme décomposée en coupures différentes de 50 à 5 Euros de manière à ne pas importuner la boulangère avec un trop gros billet.

Hier nous avons fêté les 10 ans de Noé et avons eu droit à l’heure toutes les cinq minutes grâce à sa nouvelle montre! Demain nous percerons dans les Ardennes en direction de la France!!

photo 1: Lou saute dans la Moselle

photo 2: grosse hypoclycémie de Noé

photo 3: Juliette se lave dans la rivière près de notre camp